Antilles françaises

Fiche d’aide à la recherche

Que dois-je savoir avant de commencer ma recherche ?

Ce guide de recherche thématique vise à proposer une orientation dans les archives relatives à l’histoire des Antilles françaises conservées aux Archives nationales d’outre-mer. Il n’a pas vocation à l’exhaustivité, mais à présenter des pistes de recherche pour explorer les principales sources disponibles, par axe de recherche. 

Les Antilles françaises constituent un ensemble territorial qui a évolué dans le temps en fonction des rivalités coloniales ou de l'accession à l'indépendance. Seront plus particulièrement traitées ici les recherches relatives aux territoires des Petites Antilles de 1635 à 1946 : la Martinique et la Guadeloupe, ainsi que les îles qui leur sont administrativement rattachées :

  • Sainte-Lucie (1638-1803), pour la Martinique ;
  • Marie-Galante, Les Saintes, La Désirade, Saint-Barthélemy et Saint-Martin pour la Guadeloupe.

Le système administratif de dépendances institué par la France entre les territoires insulaires des Petites Antilles a entraîné des conséquences importantes en termes d’organisation des archives. Les sources relatives aux dépendances sont généralement classées avec celles des territoires disposant de l’autorité administrative (Martinique et Guadeloupe).

Ce guide pourra également servir pour les autres territoires des Petites Antilles ayant fait l’objet d’une présence coloniale française transitoire (la Dominique, Tobago, Saint-Vincent…).

En 1946, la Martinique, la Guadeloupe et les îles qui y sont rattachées sont érigées en département. L’administration coloniale n’est donc plus compétente pour ces territoires.

Les archives produites par l’administration coloniale locale sont intégralement conservées sur place, dans des services d’archives territoriales, notamment :

Les ANOM ne conservent donc que des archives produites par l’administration coloniale centrale, depuis l’ancienne métropole, dits fonds ministériels.

Le Secrétariat d'État de la Marine (1669-1790) assure le gouvernement des Antilles depuis Versailles. Il réglemente et décide de l’administration générale de ces territoires, en envoyant ses instructions et ses ordres aux administrateurs sur place. On trouve aussi de nombreuses décisions individuelles, par exemple des nominations, des concessions de terrains ou des créations d’établissements.

En retour, les administrateurs en poste dans les territoires (gouverneurs, intendants, ordonnateurs…) rendent régulièrement compte au Secrétariat d’État de la Marine des évènements qui s’y déroulent ou de leur activité administrative. Ils transmettent une correspondance très variée (mémoires, rapports, décisions locales, états financiers, procès-verbaux des assemblées locales…) qui constituent la principale source pour documenter la réalité de la présence coloniale française sur place. 

Des mémoires et correspondances, collectés par le Dépôt des fortifications des colonies, constituent également une source précieuse. Loin de concerner exclusivement l’histoire militaire, ils touchent pour l’Ancien Régime des domaines variés : occupation du sol, espaces naturels, commerce, esclavage… Après 1800, ces sources présentent cependant moins de diversité et sont recentrées sur les questions relatives à la défense.

Présentation générale

Les fonds ministériels contemporains ont été organisés suivant différentes logiques :

  • Pour la période 1815-1920 environ : les archives du ministère de la Marine et des Colonies, puis le ministère des Colonies, ont été regroupées artificiellement en séries géographiques par territoire et par région du monde, quel que soit le service ou bureau qui les a produites. La recherche se fait donc en suivant une logique géographique.
  • Pour la période 1920-1946 environ : les sources sont constituées en fonction de l’organisation administrative de production des archives, les ensembles documentaires sont structurés individuellement pour chaque direction ou service au sein du ministère des Colonies. Il faut donc commencer par identifier le service compétent pour le domaine étudié, afin d’orienter la recherche, en suivant une logique fonctionnelle.
  • Pour l’ensemble de la période : des ensembles documentaires ont été constitués de documents sériels (par exemple, la correspondance) ou suivant une logique thématique (par exemple, les missions).

Attention, les fractures chronologiques de 1815 et de 1920 ne sont pas absolues. Les services administratifs héritant fréquemment des documents des services qui les ont précédés, on peut trouver des documents du XVIIIe siècle dans les séries géographiques, ou des documents antérieurs à 1920 dans les séries fonctionnelles.


Les séries géographiques (1815-1920 environ)

Ces séries regroupent l’ensemble des dossiers produits par l’administration centrale suivant une logique thématique puis chronologique :

Les séries géographiques comprennent également des documents sériels, mis en registres (correspondance adressée par le gouverneur au Ministre, procès-verbaux des assemblées locales numérisés et accessibles en lignes, statistiques…) pour le XIXe siècle :

Les séries fonctionnelles (1920-1946 environ)

Ces séries regroupent les dossiers en fonction de l’organisation administrative de production des archives, donc par service. Présentation par fonction :

  • Direction des Affaires politiques (XIXe s.–1962). Principales compétences :
    • Constitution et statut des territoires coloniaux ;
    • Vie politique, assemblées et élections ;
    • Budgets et fiscalité ;
    • Affaires judiciaires et pénitentiaires ;
    • Population, ordre public et questions sociales ;
    • Relations internationales.
  • Direction des Affaires économiques (1835-1964). Principales compétences :
    • Économie coloniale (agriculture, élevage, pêche, eaux et forêts, concessions…) ;
    • Affaires commerciales, industrielles et douanières ;
    • Finances coloniales privées (contrôle des banques, caisses d’épargne, des changes…) ;
    • Travail et main-d’œuvre ;
    • Planification (à partir de 1945) ;
    • Défense nationale (ressources et besoins en temps de guerre, effort financier colonial…).
  • Direction des Affaires militaires (1890-1961). Principales compétences : 
    • Organisation militaire des colonies ;
    • Constructions et infrastructure militaire ;
    • Gestion du personnel militaire, dont gendarmerie coloniale ;
    • Budget, comptabilité et gestion financière des affaires militaires ;
    • Renseignements et situation politique ;
    • Transports et action sociale militaires.
  • Inspection générale des travaux publics (XIXe s.-1965). Principales compétences : 
    • Programmes de grands travaux et planification ;
    • Routes et transports routiers ;
    • Navigation intérieure ;
    • Ports, mer et transports maritimes ;
    • Chemins de fer ;
    • Transports aériens et météorologie ;
    • Travaux communaux (urbanisme et infrastructures urbaines) ;
    • Hydraulique ;
    • Mines et énergie.
  • Direction du Contrôle (1875-1983), chargée de contrôler les services administratifs et financiers des colonies (application des lois, conduite de l’administration par secteur…). Elle concerne donc presque toutes les compétences.
  • Cabinet du ministre (1887-1962). Cette source est particulièrement utile pour étudier la période 1940-1946, le ralliement à la France libre, et la transition vers la départementalisation.

On peut aussi utilement consulter les archives produites par les services et organismes annexes qui gravitent autour de l’administration centrale, notamment :

  • Agence économique de la France d'outre-mer (1897-1967). Ce service annexe était chargé de la propagande auprès du public métropolitain de la politique coloniale de la France, notamment culturelle (organisation d’expositions et de foires) et économique (information économique, renseignements commerciaux…). Ce service a constitué des dossiers documentaires sur des sujets très variés.
  • Conseil supérieur des colonies (1856-1939). Cet organisme consultatif donnait son avis sur les projets de législation et sur les questions de politique générale (économie, agriculture, travaux publics…) soumises par le Ministre.

Les documents sériels

Ces séries comprennent pour l’ensemble de la période des documents regroupés en fonction de leur nature (par typologie documentaire) ou par rapprochement thématique de dossiers (par exemple, les missions d’études organisées ou autorisées par le ministère).

  • Actes du pouvoir central (1801-1965). Cette série comprend les lois, décrets, ordonnances, décisions, arrêtés, circulaires pris par l’administration centrale.
  • Correspondance générale au départ et à l’arrivée de l’administration centrale (1814-1927). Attention, les correspondances ne sont pas consignées in extenso mais seulement enregistrées (date, expéditeur, motif).
  • Télégrammes au départ et à l’arrivée de l’administration centrale (1889-1960).
  • Missions aux Antilles françaises (1878-1897).

Des listes de passagers, numérisées et consultables en ligne, permettent de retracer des circulations de personnes entre la France et les anciennes colonies, dont les Antilles. Attention, il ne s’agit pas d’une ressource exhaustive, seules une partie des listes de passagers ont été collectées. 

Les registres paroissiaux puis d’état civil, qui consignent les naissances, mariages et décès, constituent la principale source pour retrouver des Français établis aux Antilles. Ils sont consultables via une base de données en ligne :

Les services d’archives des actuels départements de la Martinique et de la Guadeloupe conservent également un exemplaire de l’état civil établi sur place (collection du greffe).

Les recensements et états (population, concessions, réfugiés…) (1664-1881) permettent également de retrouver des données nominatives sur les personnes établies aux Antilles, leurs familles et parfois leurs biens. Ils ont été numérisés et sont consultables en ligne via un inventaire dédié.

Les jugements rendus par les juridictions, ainsi que les actes dressés par les notaires, conservés jusqu’en 1912, constituent également des sources utiles pour l’histoire des personnes, et en particulier de la propriété foncière.


Attention, les actes ne sont pas décrits individuellement dans les inventaires. Il faut donc consulter intégralement les documents correspondant au territoire et à la période chronologique recherchés pour retrouver une personne.


Les registres de conservation des hypothèques (1806-1911) peuvent également constituer une source utile en matière de recherche foncière. On y trouve :

  • des registres d’inscription, qui indiquent les créances hypothécaires ;
  • des registres de transcription, qui enregistrent les transactions immobilières à partir des actes notariés, comportant les identités du vendeur et de l’acheteur ;
  • des registres de radiation, qui inscrivent l’effacement de la créance.

Les documents cartographiques peuvent également constituer des sources intéressantes pour l’histoire de la propriété foncière (concessions, exploitations…). Voir « Je recherche des cartes et plans ».

Focus : Les dossiers individuels de secours

Les Antilles ont été régulièrement touchées par des catastrophes naturelles (cyclones, tremblements de terre…) qui entraînent des demandes de secours par des particuliers.

 

L’éruption de la Montagne Pelée en Martinique, en 1902, a en particulier donné lieu à un Comité officiel de secours aux familles des victimes (FR ANOM COL C8 C, 1902-1913) chargé d’instruire les demandes et de distribuer les aides financières.

 

Une base nominative a été constituée par l'association Généalogie et Histoire de la Caraïbe pour faciliter la recherche dans ces dossiers.

 

Des dossiers individuels de secours relatifs à d’autres sinistres peuvent également être trouvés dans les séries géographiques et dans les archives de la direction des Affaires politiques.

 

Voir « L’administration coloniale contemporaine (1815-1946) »

 

Fonds du Comité officiel de secours aux familles des victimes

Pour toutes les recherches relatives aux personnes victimes de l’esclavage, voir la fiche d’aide à la recherche en ligne : L'esclavage et la traite atlantique.

Les documents collectifs

Le recrutement et la gestion du personnel affecté aux colonies a donné lieu à des documents collectifs riches de données nominatives, permettant de retracer des emplois pour l’administration.

  • Pour l’Ancien Régime, les matricules et revues sont numérisés et consultables en ligne ;
  • Pour le XIXe siècle, on trouve également des états de personnel dans les registres des séries géographiques :

Les dossiers individuels

Des dossiers nominatifs ont été également constitués, essentiellement pour les fonctionnaires de l’administration civile. Pour la période de l’Ancien Régime, on peut toutefois y trouver également des militaires, des religieux et même parfois des colons non employés par l’administration.

Une base de données dédiée permet d’effectuer une recherche nominative dans les dossiers de personnel des administrations centrales du XVIIe au XXe siècles.

Des dossiers de personnel d’employés de l’administration locale, notamment relevant des secteurs de la justice et de l’enseignement, peuvent être aussi ponctuellement conservés dans les séries géographiques.

Voir « L’administration coloniale contemporaine (1815-1946) »

Les documents cartographiques sont très précieux pour retracer l’histoire d’un territoire et des personnes qui l’ont habité. De nombreux cartes et plans des Antilles ont été numérisés et peuvent être consultés en ligne via la base cartographique.

Les ressources cartographiques intéressant les Antilles :

Ressources bibliographiques 

Pour une orientation dans les collections de la bibliothèque des ANOM, voir les fiches d’aide à la recherche par territoire :

Ressources iconographiques 

Faire une recherche par territoire dans la base iconographique en ligne des ANOM.

Pour explorer l’histoire de ces territoires, il est nécessaire de consulter également les archives conservées aux Archives nationales, à Paris pour l’Ancien régime et à Pierrefitte-sur-Seine pour la période post-coloniale. Des sources complémentaires sont aussi conservées dans des services d’archives départementales hexagonaux (notamment dans les Bouches-du-Rhône, en Charente-Maritime, en Gironde, en Loire-Atlantique, et dans les Pyrénées-Atlantiques). 

Une bibliothèque numérique collaborative, La France aux Amériques, permet de consulter un corpus de documents emblématiques, provenant de 18 institutions culturelles et universitaires françaises, canadiennes, américaines et britanniques, assorti de commentaires historiques.

Pour aller plus loin : Guide des sources de l'histoire de l'Amérique latine et des Antilles dans les archives françaises, Paris : Archives nationales : la Documentation française, 1984, 711 p. ; 24 cm.

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