Image numérisée de la vue vue extérieure porte sur la partie sud de l’enceinte ottomane de la ville d’Alger au niveau de la Porte Bab-Azoun

[Les remparts d'Alger en 1844]

Modifié le 06/10/2026

En août 1839, le député Arago dévoila à la Chambre des députés le tout premier procédé photographique commercialisable, le daguerréotype. Quelques mois après, dans l’Algérie occupée, Aimable Ravoisié (1801-1867), architecte, membre de la Commission d’exploration scientifique de l’Algérie réalisa plusieurs daguerréotypes aujourd’hui disparus.

Ce daguerréotype de 1844 est donc exceptionnel, par sa date, son contenu et aussi par la qualité de sa réalisation. Il s’agit de la plus ancienne photographie d’Algérie conservée les collections publiques françaises.

Beaucoup de questions subsistent : par qui a-t-il été réalisé ? dans quel but et pour quels usages ?

Origine  

Acheté en salle de ventes en 2013, cette photographie faisait partie d’un ensemble de sept daguerréotypes de même dimension (demi-plaque) et de même date (1844) conservés dans un coffret en bois réalisé sur-mesure. Cet ensemble proviendrait directement de la famille du photographe dont le nom n’a pas été communiqué. Le poinçon « M » qui figure sur le daguerréotype est vraisemblablement celui du « planeur sur métal spécialiste de plaques pour daguerréotype », « Michel », installé dès 1840 dans l’Île de la Cité et voisin de Lerebours, fournisseur de matériel photographique. Ce poinçon se retrouve sur les autres plaques et associé sur l’une à un autre poinçon ; cela témoigne d’une origine commune et confirme sa datation. Il s’agit de vues d’Alger, d’El Coléa et de deux portraits.

Description de contenu 

Cette vue extérieure porte sur la partie sud de l’enceinte ottomane de la ville d’Alger au niveau de la Porte Bab-Azoun. Le titre postérieur à la prise de vue permet de la localiser : « en face du théâtre actuel [inauguré en 1853] ». Le cliché se situe dans une période de transition entre la destruction de la porte en 1841 et celle des remparts en 1846. Au premier plan se situe la place Massinissa, formée par le comblement des fossés. Cette vue urbaine saisit exceptionnellement la présence d’Algérois, ce qui était un défi en raison du long temps de pose.

Auteur 

Il demeure anonyme. Les autres plaques permettent de proposer Théodore Bettinger (1790-1875), avoué parisien, comme auteur-photographe de ce daguerréotype. Certaines lithographies d’Alger de l’album du Gouvernement général de l’Algérie intitulé « Souvenirs de l’Algérie » (1845-1847) – conservé par les ANOM (8 FI 11) – sont accompagnées de la mention « prise au daguerréotype par Bettinger ». Elles correspondent aux daguerréotypes de la vente, sauf celle de la mosquée Djemâa el Djedid qui se distingue par sa signature : « daguerréotype Lerebours ». Cette vue présente dans l’ouvrage Excursions daguerriennes, édité par le même Lerebours est donc signée par son éditeur, mais son auteur est probablement Bettinger.

Finalité de la prise de la vue 

Ce daguerréotype capture la physionomie de l’ancienne ville ottomane et les premières interventions françaises pour son contrôle et son ouverture hors-les-murs.

Description matérielle et procédé 

En 1844, les bases de ce procédé sont bien établies et connaîtront peu d’évolution. 

Le verso montre une surface de cuivre non vernie, ce qui laisse supposer que la lame d’argent a été apposée mécaniquement. L’écrin dans lequel la plaque est enchâssée est récent. La présentation d’origine a disparu. La plaque présente des altérations caractéristiques, abrasions de surface et oxydation des bords. Les piqures rousses et les traces d’oxydation laissent penser que ce daguerréotype a pu être nettoyé.

Le daguerréotype est le tout premier procédé photographique à connaître un succès commercial, scientifique et artistique. Divulgué par Louis Arago devant les membres de l’Académie des sciences et de l’Académie des Beaux-Arts le 19 août 1839, le brevet acheté par la France à Louis Jacques Mandé Daguerre et Nicéphore Niépce est « offert au monde » par le gouvernement français.
Dès lors, il connaîtra un succès florissant, en France et à l’étranger, jusque dans les années 1850, avec l’élaboration de techniques photographiques plus accessibles.
Il fait partie des procédés dits « positifs directs », c’est-à-dire obtenus sans l’intermédiaire d’un négatif photographique. Si en 2026 cette notion est pour beaucoup inconnue, elle fonde la majeure partie de l’histoire de la photographie.

Le daguerréotype est considéré comme un objet : une plaque de cuivre recouverte d’une lame d’argent pur, enchâssée dans un cadre ou un écrin.

La face argentée de la plaque est exposée à des vapeurs d’iode et autres halogénures pour devenir photosensible. Elle est ensuite placée dans une chambre photographique pour enregistrer l’image du réel à travers l’optique d’un objectif. Cette image encore invisible est ensuite développée par des vapeurs de mercure, puis fixée dans un bain de thiosulfate de sodium qui élimine les particules d’argent ioduré photosensibles encore présentes. Désormais, la photographie n’est plus sensible à la lumière. C’est dans ces deux opérations, développement d’une image latente et fixage, que réside la découverte. Pour diminuer la fragilité des amalgames argent-mercure qui forment l’image, la plaque d’argent est recouverte d’une solution de chlorure d’or par une opération appelée « virage » au cours de laquelle se forme un alliage or-argent plus résistant chimiquement et mécaniquement.

L’image obtenue est d’une précision exceptionnelle, même à l’échelle microscopique. Sa spécificité d’apparaître soit en négatif soit en positif selon l’angle de lumière sous lequel on la regarde, permet d’identifier le procédé.

La plaque daguerrienne reste un objet fragile : sa surface s’efface au moindre contact ; l’argent s’oxyde sous l’effet des polluants. Les photographes, très vite conscients de cette fragilité, s’attachaient donc à protéger leurs images en les encadrant.

En 1844, les bases de ce procédé sont bien établies et connaîtront peu d’évolution. 

Le verso montre une surface de cuivre non vernie, ce qui laisse supposer que la lame d’argent a été apposée mécaniquement par martelage. On remarque deux poinçons au niveau du bord droit de la plaque, l’un dans l’angle supérieur correspondant au titre en argent « 40 », et l’autre sous forme de losange dans l’angle inférieur avec le nom du joaillier. L’écrin dans lequel la plaque est enchâssée est récent. La présentation d’origine a disparu. La plaque présente des altérations caractéristiques, abrasions et oxydation des bords. Les piqures rousses et les traces d’oxydation laissent penser que ce daguerréotype a pu être nettoyé à la thiourée.

Titre : [Les remparts d'Alger en 1844]
Auteur : non identifié
Date de prise de vue : 1844
Procédé : daguerréotype
Format : 12 x 17,5 cm (½ plaque)
Cote : 2 FI 2849

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