La couverture, d’un bleu profond rappelant l’indigo des Touaregs, est maintenue par une cordelette rouge vif. Les caractères énigmatiques qui l’ornent confèrent à ce petit livre une aura mystérieuse. Il s’agit pourtant du célèbre conte de Saint-Exupéry, retranscrit en tifinagh, l’écriture berbère utilisée pour la langue tamazight. Cette graphie a ceci de particulier qu’elle ne comporte pas de voyelles, contraignant le lecteur à ânonner jusqu’à trouver la prononciation qui convient, à condition de maîtriser le sujet abordé dans le texte.
Publié pour la première fois en 1943 aux États-Unis, puis en 1946 en France, Le Petit Prince raconte la rencontre, dans le désert, entre un aviateur en panne et un enfant venu de l’astéroïde B 612, une petite planète dont il prend grand soin. Gardien d’une rose fragile, le petit prince arrache les baobabs naissants et veille à nettoyer régulièrement ses volcans. La transcription de l’œuvre en tifinagh lui confère une dimension nouvelle : elle relie l’univers poétique du conte à la culture saharienne et à l’identité touarègue.
L’histoire de cette édition s’inscrit dans un récit plus vaste. Dès le début du XXe siècle, Charles de Foucauld traduisait déjà prières et textes religieux en tifinagh. Dans les années 1950, une assistante sociale, Mademoiselle Mouchant, qui soutenait la confrérie des Petits Frères de l’Enfant Jésus, prolonge cette démarche à sa manière. Elle fait traduire Le Petit Prince par des lettrés musulmans, interprètes de l’annexe du Hoggar, puis le fait transcrire en tifinagh sous le titre Ag Tobol, « fils de noble ». L’ouvrage paraît en 1957, sous l’égide de l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS), dans une édition au tirage limité aujourd’hui introuvable ou presque.
Deux ans plus tard, en 1959, lors de la conférence annuelle de l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS) à Tamanrasset, le préfet des Oasis et de la Saoura remet la Légion d’honneur à l’amenokal Moulay Hassan Agha Mastha, chef des tribus touarègues.
À l’occasion de cette cérémonie, le maire de la commune offre quelques exemplaires du Petit Prince en tifinagh à l’amenokal et à des représentants de l’administration coloniale. Il est possible que ces exemplaires aient été conservés parmi des papiers personnels ou administratifs, puis, ultérieurement, versés dans les fonds relatifs à l’OCRS. Cette hypothèse pourrait expliquer la présence de quatre volumes dans nos collections. Aujourd’hui, à peine une dizaine d’exemplaires de cette édition rare sont recensés.
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